En 1929, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir ont passé un accord aujourd'hui bien connu. Ils s'aiment, ils se plaisent, ils ne peuvent pas se quitter. C'est une relation personnelle, sentimentale, intellectuelle et amoureuse... Sartre propose un pacte, renouvelable tous les deux ans, dont le principe est le suivant : "notre amour est un amour nécessaire, mais il convient que nous vivions aussi, à côté, des amours contingents. Les amours contingents sont une façon de connaître le monde, car on connaît bien le monde, quand on est un homme, avec les femmes, et quand on est une femme, avec les hommes. Une condition : ne pas se mentir, ne rien se dissimuler. Nous allons réinventer le couple..." Il y avait là quelque chose de très 'aristo'. Jean Cau, secrétaire de Sartre lui demanda un jour: « Mais comment faites-vous pour vous en sortir?» et Sartre lui répondit: « Je mens à toutes. Il y a des situations où l'on est obligé de s'inventer une morale provisoire. »
Les couples d'aujourd'hui, même déviés ou partiels, et toutes les façons de vivre les amours (nécessaires ou contingents) sont beaucoup plus proches de l'aventure de Beauvoir et de Sartre que de la morale bourgeoise des années 50. Les familles recomposées, les constructions extravagantes auxquelles on assiste aujourd'hui, tout ça ressemble davantage au «Pacte» qu'à la monogamie «Ad Vitam Aeternam» qui était encore la norme sociale des années 50. S'engager pleinement dans une relation (qu'on espère) durable, nous fait nous sentir vulnérables, avec la crainte de devenir dépendant de l'Autre. Une rupture possible devient une menace. Il faut l'éviter ou la contrôler. Mais on est incapable de prévoir les issues. Les promesses de fidélité éternelle apportent un certain réconfort mais aucune solution à la vraie insécurité.
En effet, aujourd'hui on n'est jamais à l'abri de ses envies. Ni des rencontres. La rencontre peut se faire partout, aussi bien près de chez moi qu'à l'autre bout du monde. Et parfois les gens en ont vraiment besoin et vont la chercher partout, tout le temps. Etre avec quelqu'un empêche cette envie de rencontre, mais forcément on y revient un jour. Et puis parfois, dans les mauvais jours, ou sans excuse particulière, on craque et on pousse la rencontre pour voir ce qu'on ressent. Ou parfois on n'est poussé que par ses envies du moment. Il faut en passer par là pour comprendre ce qu'on a, ce que notre vie vaut. Personnellement, je n'ai pas besoin, ni envie d'imaginer les décors de ma vie. Je prends ce qu'il y a là, car je crois que tout est là finalement. Oui, l'univers entier est là. "Qu'on soit riche ou pauvre, qu'on voyage très loin ou qu'on reste sur place, nous vivons tous, finalement sur une poignée de pauvres choses, de pauvres idées fixes, une poignée de désirs. La richesse, la luxuriance, vient de la forme qu'on lui donne. Et cette forme est unique pour chacun." (C. Bobin)
Quelqu'un m'a dit sur ce blog que je mélangeais un peu tout et simplifiais trop avec ma définition de la fidélité en amour. Elle est en effet comme la fidélité en amitié. Cependant un ami n'est pas fidèle parce qu'il n'a que moi comme ami, il est fidèle parce qu'vient et revient librement! L'amitié se renouvelle chaque fois qu'on se revoit, sans se soucier des autres amis qu'on peut avoir. Elle pourra rester toute la vie sans que j'ai l'impression qu'elle m'enlève quoi que ce soit. Peu importe après tout que mon ami ait d'autres amis ou non. C'est la qualité de la rencontre qui est importante à chaque fois, non?.
Certains diront que l'Amour, c'est de l'ouvrage, et qu'il ont bien assez de travail à bâtir le leur sans essayer de chercher plus ailleurs. Un grand amour unique et solide vaudra alors mieux que plusieurs amourettes bâclées. Il faut vivre en accord avec soi-même au final, en risquant de tout perdre à tout moment. Il faut concéder. La paix pourrait être à ce prix. Maintenant cela ne sous-entend pas que chacun puisse faire souffrir facilement quelqu'un qui n'est pas dans sa tête et ne comprendra pas ses "impulsions". Quand on ne comprend pas, on met beaucoup plus de temps à ne plus juger, à ne pas condamner, et à récupérer. De même la méfiance s'installe aussi et tout empire rapidement. La confiance n'existe plus. Il y a une blessure dont la guérison dépend de chacun.
C'est pourquoi je terminerai en disant que je pense qu'il faut toujours chercher à ne pas se mentir, à être en accord avec soi-même et à blesser le moins possible et le moins de gens possibles. Il faut aussi faire un effort de vie tous les jours pour ne pas se croire seul et voir les autres tels qu'ils sont, en parler. Car au final, c'est toujours un choix PERSONNEL, peu importe les raisons qu'on se trouve après.
++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++
In 1929, Jean-Paul Sartre and Simone de Beauvoir made an agreement well known today . They love each other, they cannot leave far from each other. It is a personal, sentimental, intellectual and sexual relationship... Sartre proposes a pact, renewable every other year, the principle of which is the following: "our love is a necessary love, but it is advisable that we also have and live side loves, affairs. It is a way of knowing the world, because one knows the world well , when one is a man with women, and when one is a woman with men. One condition: do not try to fool each other, do not hide anything from each other. We are going to reinvent the couple..." Jean Cau, secretary of Sartre asked him one day: "but how do you manage to do that?" And Sartre answered: "I lie to all. There are situations where one is obliged to invent a temporary morality."
Today's couples, even temporary or partial, and all the different ways to love are much closer to Beauvoir and Sartre's adventure than to the bourgeois morality of the 50s. The recomposed families, and all extravagant constructions which we see today all look more like the "Pact" than the monogamy "Ad Vitam Aeternam" which was still the social standard of the 50s. To make a complete commitment in a relationship (that we hope) long-lasting, make us feel vulnerable, with a fear of becoming dependent on the other One. A possible break becomes a threat. It is thus necessary to avoid it or to control it. But we are incapable to foresee the end. The promises of eternal fidelity bring certain comfort but no solution to the insecurity we feel.
Indeed, today we are never fully protected from our envy or desires. Nor are we from new encounters. Encounters can be made everywhere, near me or on the other end of the world. And sometimes people really need that and hunt him/her everywhere, all the time. To be with somebody usually prevents this desire, but necessarily we all go back there at some stage. And then sometimes, in the bad days, or without any particular excuse, we feel like failing and we push further to see what we feel, what will happen. Or sometimes we are pushed only by a temporary envy: it's like it is necessary to experience that in order to completely understand what one has, what our life is worth. Personally, I do not need to imagine the sets or scenes in my life. I take what's there, because I believe that everything is around me at every moment. Yes, the whole universe is there. "One may be rich or poor, travel very far or remain in one place, we all live with only a handful of little things, obsessions, a handful of desires. Wealth, luxuriance come from the form each one of us gives them. And this form is unique for everyone." (C. Bobin)
Somebody told me on this blog that I had mixed up everything and simplified too much with my definition of fidelity in love. It can be defined as fidelity in friendship, indeed. However a friend is not faithful because I'm his/her only friend, he/she is faithful because he/she can come, leave and return freely! Friendship is renewed every time we see each other again, without caring about the other friends we have. Friendship can remain all life long without giving the impression that it deprives me of something. It doesn't matter after all if my friend has some other friends or not. It is the quality of the encounters and meetings that is important every time, isn't it?
Some people might say that love means a lot of work, and that they have enough work to try and build theirs without trying to look around for more. A strong unique and solid love will then be better than several bungled affairs. It is necessary to live in agreement with yourself in the end, and it can mean that we all risk to lose everything, at any time. It is necessary to be indugent as well. Peace could come at this price. Now, it does not imply that one can make someone who's not in one's head easily suffer because that person will not understand one's "impulses". When we do not understand, it takes much more time to stop judging, condemning, and to recover. Distrust may also settle down and everything can quickly get worse. Trust does not exist any more. There is a wound deep inside, the cure of which depends on each person.
I shall end by saying what I think. I believe it is always necessary to try not to fool someone, to be in agreement with yourself and to hurt the least possible and the least people. It is also necessary to make an effort every day of your life not to consider yourself alone and make an effort to see others exactly as they are, and talk about it as much as you can. Because in the end, it is always a PERSONAL choice, the reasons we try to give won't matter anymore.